Les entrepreneurs de la géographie: entretien avec Adèle Raby et Guillaume Ner, fondateurs de Kamisphère

Kamisphère est un bureau d’étude en cartographie et analyse statistique. Entre analyses thématiques, études scientifiques, cartographies et infographies, les productions de Kamisphère sont aussi abouties visuellement que sur le fond. En plus de produire des outils graphiques de haute qualité pour une variété de clients, l’équipe de Kamisphère publie régulièrement des textes d’analyse, rédigés sur le mode de la communication scientifique, qui questionnent des enjeux clés de la cartographie (à lire sur le blog Kamisphère). J’ai été surprise d’apprendre que l’équipe de Kamisphère se compose seulement de deux personnes, Guillaume Ner et Adèle Raby, tous deux géographes. Rencontre avec les  fondateurs de Kamisphère, deux géographes inspirés et inspirants qui se sont lancés dans l’aventure de l’entrepreneuriat en 2011, pratiquement à la sortie des études.

Quel a été votre parcours avant de fonder Kamisphère?

Guillaume Ner

Diplômé d’un master de Géographie spécialisé dans les structures et les dynamiques spatiales à Aix-Marseille Université, j’ai pu acquérir des connaissances en géographie théorique et quantitative, et développer ma maîtrise de la cartographie et de l’analyse spatiale. Spécialisé dans les thématiques démographiques et sociologiques, j’ai pu mettre en avant ces qualités dans les diverses projets de la société.

Adèle Raby

D’abord tournée vers les mathématiques et l’informatique puis vers la géographie physique et quantitative, j’ai développé durant ma formation universitaire un savoir-faire méthodologique et des connaissances pluridisciplinaires. J’ai pu ainsi utiliser mes compétences en cartographie, en infographie, en analyse spatiale, en traitement statistique et en graphisme pour les différentes réalisations de Kamisphère.

Comment décrivez-vous Kamisphère comme société et comme produit? Pourquoi avoir choisi le format “bureau d’études” et quelles sont les spécificités de ce format?

Kamisphère est une société de services aux entreprises. Nous travaillons essentiellement en B to B. Nos clients se situent aussi bien dans la sphère publique que privée. Nous avons choisi le format bureau d’études dans la mesure où notre savoir-faire se situe dans la création de représentations visuelles d’informations. Ces réalisations passent par une expertise et une interprétation des bases de données et l’application de méthodologies scientifiques et géographiques. Pour nous, le terme de Start-up qualifiait plutôt les jeunes entreprises innovantes, dans les technologies, dans le développement d’un produit, etc. Derrière toutes ces appellations plus ou moins évocatrices se situe la structure juridique d’une SARL.

Comment avez-vous décidé de créer cette entreprise? Quelles étaient votre vision et vos ambitions à l’origine du projet?

La création d’entreprise était un projet loin de nos objectifs personnels. Cependant, l’opportunité qui s’est présentée à nous, en décembre 2010, de participer à une exposition proposant une salle des cartes a reconditionné nos perspectives initiales. D’une part, l’intérêt pour nos compétences cartographiques nous a confirmé qu’il existait une réelle demande et, d’autre part, ce projet permettait une expression artistique pour laquelle nous étions restreints auparavant. Le travail réalisé en commun nous a conforté dans l’efficacité de notre production et a fait office de déclencheur pour l’élaboration d’un bureau d’études.

Au-delà de son intérêt scientifique et ludique et de sa forme conventionnelle, la cartographie autorise un aspect créatif qui lui confère un atout fort. Ce savoir-faire couplé à un esprit géographique s’est alors formalisé comme un produit potentiellement vendeur. Plusieurs projets de bureau d’études ont été pensés entre étudiants et professeurs de la discipline sans qu’aucun ne soit formalisé. Nous avons donc décidé de franchir le pas et de nous donner les moyens de réussir.

La géographie a été plutôt rapide à suivre la transition vers le numérique, notamment via la multiplication des outils cartographiques et des technologies SIG. Aujourd’hui, les géographes qui en font un métier sont avant tout des producteurs de carte et des gestionnaires de données. Comment ressentez-vous cette omniprésence de la carte et de la donnée? Quel est selon vous le “secret” d’une production cartographique pertinente à l’âge de la cartographie accessible à tous? Comment vous démarquez-vous de la concurrence?

La profusion des cartes et de la donnée s’observe déjà dans les médias. Le potentiel que possède la cartographie engendre un intérêt de plus en plus fort qui conduit à son utilisation de plus en plus accrue dans la presse, à la télévision, sur internet avec l’opendata, dans les livres, avec parfois une justesse qui lui fait défaut. Il ne faut pas oublier que la carte se donne à voir comme un langage géographique, comme un moyen de transmettre des connaissances, et qu’il convient de respecter certaines conventions afin que sa lecture soit claire et que son contenu soit pertinent. Tout le monde est capable de faire des cartes, mais le cercle est peut-être plus restreint lorsqu’il s’agit de faire des cartes scientifiquement valables.

Nous concevons nos cartes dans l’optique de montrer des informations qui ne peuvent être perçues intégralement par la simple description. Il s’agit d’apporter du visuel au textuel et de situer des phénomènes dans l’espace géographique. Nos cartes peuvent être complétées par des traitements statistiques, des réalisations infographiques et des analyses spatiales. C’est en ce sens que la cartographie offre de nombreux atouts quant à son utilisation. Elle assure la mise en avant d’un ensemble de données géographiques complexes d’une manière simplifiée. Cet effort de transcription permet ainsi une lecture plus claire et donc plus efficace. Le potentiel de synthèse que l’on peut lui imputer n’est donc pas négligeable. La carte doit également pouvoir être un outil de promotion et de communication.

Nous nous attachons à finaliser des réalisations épurées et attrayantes. La mise en valeur des éléments qui concernent son attractivité est essentielle pour optimiser sa lecture. La finalité de la carte est de mieux comprendre le territoire qu’elle illustre en représentant un phénomène, ou en localisant ses entités. Concevoir une cartographie c’est : identifier les objectifs, cibler le public visé et cerner l’information à cartographier. C’est par l’ensemble de ces caractéristiques et critères et par une démarche construite que nous aspirons à nous démarquer.

Quels sont vos principaux clients et comment avez-vous constitué votre réseau professionnel?

Principalement, notre réseau de partenaires se compose de collectivités territoriales. Nous travaillons ainsi avec les municipalités, les communautés de communes, les conseils généraux, mais aussi avec certaines institutions. Nous travaillons également avec des cabinets de consultants spécialisés dans des thématiques proches des sciences sociales. Ce réseau s’est constitué durant notre année de création, mais aussi bien avant. Nous avons essayé de le développer par du marketing direct, mais aussi en participant à différents colloques et séminaires entrant dans le cadre de notre activité.

Codez-vous? Que pensez-vous de l’importance de savoir programmer/développer pour produire des outils géographiques compétitifs aujourd’hui?

Le codage et la programmation  sont des compétences qui sont en phase développement dans notre société. Il paraît évident que ce sont aujourd’hui des outils qui permettent d’accroître la compétitivité de l’offre cartographique, et que la cartographie dynamique va prendre de plus en plus de place sur les supports multimédia. En revanche, nous ne souhaitons absolument pas laisser de côté les rendus graphiques classiques, qui trouveront toujours leur place sur les supports papiers.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes bacheliers intéressés par la voie géographique/cartographique? Quelles formations et quels métiers vous semblent les plus prometteurs pour trouver un emploi dans le futur?

Nous n’avons pas forcément de conseils à donner mais nous ne pouvons que vanter les mérites de la discipline qui offre une  grande polyvalence dans bien des domaines mais aussi qui permet de développer une ouverture d’esprit. Les réalisations cartographiques relèvent finalement de plusieurs compétences techniques : celles d’un géomaticien, d’un géographe, d’un statisticien, mais aussi celles d’un graphiste. L’avenir de la cartographie s’inscrit aussi dans le développement des nouvelles technologies.

Pensez-vous que l’analyse spatiale, le géomarketing et la production cartographique soient un marché déjà saturé, ou au contraire une niche plutôt prometteuse pour le moment?

Les produits géographiques se situent aujourd’hui dans un marché qui n’est pas forcément saturé mais où l’accès à ces produits est de plus en plus démocratisé et facile d’accès. La carte n’est pas un produit nouveau mais son utilisation, sa mise en valeur et son contenu ne sont plus les mêmes qu’hier. Ce renouvellement permanent permet au marché d’être en pleine expansion mais le rend obsolète plus rapidement qu’auparavant.

——————————————————————————–

Fiche entreprise

Nom: Kamisphere

Description: Bureau d’études en cartographie et analyse statistique

Site web: http://www.kamisphere.fr/

Date de création: 2012

Fondateurs: Guillaume Ner & Adèle Raby

Ages: 27 ans chacun

Type de société: bureau d’études

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

To use reCAPTCHA you must get an API key from https://www.google.com/recaptcha/admin/create