10 Conseils de survie pour réussir son retour d’expatriation en France

“DON’T PANIC”

La France compte environ deux millions d’expatriés dispersés sur les cinq continents, majoritairement en Europe et en Asie. Si une large part des expatriés reviennent après un séjour à l’étranger allant de deux à six ans, ils sont de plus en plus nombreux à renoncer au retour, surtout passé le cap des dix ans de vie à l’étranger. Le choc culturel inversé associé à de nombreuses difficultés économiques rendent le retour au pays difficile, car les employeurs français ne reconnaissent pas ou peu l’expérience acquise à l’étranger, sans compter que les “expats’” sont souvent perçus comme arrogants (comprenez: gourmands au niveau du salaire et volontaires pour prendre des responsabilités). La plupart des entreprises “franco-francaises” préfèreront souvent des profils plus linéaires qui ont fait leur éducation et leur carrière dans le même périmètre géographique et professionnel.

  • Première chose à faire pour retravailler rapidement sans trop souffrir du fossé entre la culture du travail en France et celle en vigueur dans le reste du monde: ne démarchez pas d’entreprises “franco-francaises”. Préférez les compagnies internationales, de préférence anglo-saxonnes. Non seulement vous augmenterez vos chances de repartir un jour en gardant votre emploi (garder la porte ouverte pour éviter de paniquer et de tout plaquer au bout de six mois), mais vous aurez sans doute plus de contact avec l’étranger et la possibilité de parler une ou plusieurs langues au quotidien, sans compter les business trip. Vous retrouverez sans doute d’autres anciens expatriés reconvertis avec qui partager votre vécu. Beaucoup de secteurs peuvent tirer profit de votre expérience à l’étranger (commerce, tourisme, ingénierie, art, finance…), n’hésitez pas à la valoriser et à l’intégrer dans votre CV. Le monde de l’éducation privée ou les écoles étrangères en France offre également de nombreuses possibilités de reconversion pour les polyglottes détenteurs d’un BAC +3.
  • Ne vous définissez pas uniquement par votre statut d’ancien expatrié, et surtout évitez l’attitude nostalgique de la personne qui est revenue et qui regrette. Comme toute expérience, la vie à l’étranger fait partie de votre parcours mais pour l’employeur, elle reste un élément de votre personnalité parmi beaucoup d’autres qu’il ne faut pas mettre de côté. Sur le plan social (auprès des amis et de la famille), surtout si vous êtes la seule personne de votre entourage à être partie, comprenez que les autres ont aussi vécu pendant votre absence. Même si on a l’impression d’avoir vécu des choses dix fois plus intenses à l’étranger, cela reste un sentiment très personnel qu’il est impossible de partager. Conservez vos expériences extraordinaires pour vous, gardez une attitude mesurée. Les compagnons de voyage seront toujours là pour un apéro du souvenir, et rien de vous empêche de repartir en voyage pendant les vacances, voire de retenter l’expatriation ailleurs si vraiment la nostalgie se transforme en déchirement.
  • N’idéalisez pas votre pays d’expatriation, même avec le recul: N’oubliez pas les coups durs. Ne minimisez pas les moments de solitude que vous avez vécu “là bas”. Il y a forcément eu des moment de doute et de découragement face à la différence culturelle, la langue, l’attitude des gens, les procédures, etc. Quel que soit le pays d’expatriation, ce n’est jamais “chez soi”, même si notre identité s’hybride au fil du temps. Vivre “loin” et dans un contexte culturel différent n’est pas reposant. Même si cela oblige à être constamment sur la brèche, à avoir une attitude ouverte et curieuse, aucun être humain ne peut forcer le jeu indéfiniment et en continu. Il est important de faire des coupures même lorsqu’on vit à l’étranger, et de reconnaître ces difficultés même une fois surmontées. Gardez en mémoire vos moments d’héroïsme multiculturel pour re-booster votre estime personnelle dans les moments de découragement… en France.
  • Abordez la France comme un nouveau pays d’expatriation: Ce n’est pas parce que vous retournez “sur vos pas” géographiquement que vous retournez dans le passé. Votre expérience vous a changé, soit un tout petit peu, soit radicalement. Quoi qu’il en soit, vous ne verrez plus la France avec le même regard. En fait, le retour d’expatriation est une chance inespérée d’aborder votre propre pays avec un regard neuf. Les mauvais côtés sont toujours là, mais il y en aussi de bons dont vous n’aviez peut-être pas conscience avant d’en être privé. Lorsqu’on aborde la France à son retour comme un nouveau pays, on en valorise les aspects positifs (avez-vous pensé à visiter ce magnifique château juste à côté de chez vous?) comme on le fait dans un premier temps à l’étranger. Sortez plus. Visitez plus. Ouvrez-vous à de nouvelles activités. Changez de quartier ou de ville ou même de région. Il y a en France la même diversité qu’ailleurs, simplement il ne faut pas se laisser submerger par le discours défaitiste ambiant qui ne reflète pas la réalité.
  • Assumez vos choix et établissez clairement vos priorités: C’est un cliché, mais “home is where the heart is”. Au bout de plusieurs années d’expatriation, la décision de rentrer en France ou d’entreprendre des démarches d’immigration durable (demande de résidence permanente ou de citoyenneté) s’impose. A ce moment, c’est bien souvent la situation familiale qui pèse le plus lourd dans le choix de rester ou de partir (autrement dit, si le/la conjoint(e) est français(e) ou originaire du pays d’expatriation), et où le couple se projette dans les prochaines années. Quelle que soit votre situation personnelle et familiale, si vous êtes rentré c’est qu’il y avait de bonnes raisons. Si vous n’avez pas eu le choix, c’est encore moins de votre faute. Rien n’arrive totalement par hasard, et la meilleure chose à faire est d’optimiser au mieux la situation dans laquelle vous vous trouvez, ici et maintenant.
  • Démarrez quelque chose de nouveau: Retourner en France ne veut pas dire retourner dans tout ce qui vous a décidé à partir quelques années plus tôt. Le meilleur moyen de s’en convaincre est de continuer à apporter de la nouveauté dans votre quotidien. Démarrez un nouveau sport, apprenez la musique, le chant, la danse traditionnelle, la pâtisserie, inscrivez-vous au club photo, prenez des cours de menuiserie, de yoga, faites des ateliers de loisir créatif, achetez-vous la moto de vos rêves… Retour ne signifie pas que les perspectives se ferment, au contraire. Où que l’on soit, il nous appartient d’ouvrir nos horizons et de conserver une attitude exploratrice. Après tout, bon nombre d’expatriés sont avant tout des explorateurs, des curieux, des personnes avides de connaissances et de stimulation intellectuelle et culturelle. Il existe en France une incroyable diversité d’associations de toutes sortes, y compris culturelles, dans votre commune ou celle d’à côté. Allez faire un tour sur le site internet de votre mairie, du conseil général et de l’office du tourisme. La communauté web est aussi très active en France et on peut facilement prendre contact avec des responsables d’association, échanger sur les forums et via les média sociaux.
  • Impliquez-vous au sein de réseaux internationaux: Ne jetez pas aux oubliettes votre intérêt pour l’international. Il existe aujourd’hui des centaines de réseaux internationaux type couchsurfingwwoofing, airbnb, helpx, Solidarités Jeunesse… qui proposent une mise en relation de particulier à particulier pour des petits travaux à la ferme, des locations de logement, des chantiers internationaux, etc. Pour la plupart, vous pouvez tout gérer en ligne et gratuitement (créer un compte, faire un profil et indiquer ce que vous recherchez/offrez). Vous pouvez devenir hôte et recevoir des voyageurs du monde entier chez vous (un bon moyen de se motiver à connaître et apprécier sa propre région), devenir bénévole sur des chantiers et participer à diverses activités avec une équipe de jeunes, souvent dans une ambiance souvent bon enfant et chaleureuse. Toutes les ONGs (Secours Populaire, Croix Rouge…) recrutent des bénévoles sur le sol français, pour travailler auprès de personnes elles-même immigrées en France (sans papiers, immigrés en situation précaire…). Un bon moyen de se retrouver confronté à l’expatriation d’autrui et de relativiser sa propre situation. Si vous avez un sport ou une activité artistique de prédilection, misez sur les clubs européens et les événements internationaux.
  • Voyagez! Un expatrié qui revient ne se transforme pas en pantouflard sédentaire pour autant. Apprendre à voyager comme un touriste est aussi important. Certaines destinations qui ne vous ont jamais tenté auparavant peuvent se révéler prometteuses dans un autre contexte (en famille, entre collègues, avec votre club photo?). Cherchez le contraste. Vous avez vécu cinq ans en Amazonie? Pourquoi ne pas visiter New-York en cinq jours, ou Londres, ou Stockholm? Si vous avez été citadin en pays froid pendant des années, essayez la Corse, le sud italien, l’Atlas marocain. Le dépaysement, même provisoire, alimentera votre besoin de nouveauté et vous prouvera que le monde est encore grand et qu’il reste encore beaucoup à explorer. Si le tourisme béat n’est décidément pas votre truc, optez pour une association comme Travel With a Mission qui permet, sans tomber dans le tourisme humanitaire, d’associer un objectif social et solidaire à ses voyages.
  • Récompensez-vous! Revenir d’expatriation, c’est un peu comme arrêter de fumer. Les premiers mois peuvent être difficiles, on se sent “en manque”, on veut parfois mettre des choses en place rapidement pour repartir. Comme toute victoire personnelle, chaque journée passée à des occupations positives tournées vers l’avenir (en France) et non vers le passé (ailleurs) doit être largement récompensée. Profitez de tout ce qui vous a manqué. Mangez de bons produits, buvez du bon vin, achetez vous de beaux habits et revoyez vos meilleurs ami(e)s, vos proches, retournez dans la maison de votre enfance, payez-vous un caprice que vous vous êtes toujours refusé. La transition que vous êtes en train de vivre est difficile et concerne de nombreux aspects de votre vie (qui dit retour dit souvent changement de travail, de fréquentations, voire d’activités, de climat, d’environnement). C’est un travail de reconstruction au même titre qu’après un deuil. Le fait de se récompenser simplement et régulièrement aide à combattre le sentiment de culpabilité ou de malaise qui peut s’installer quand une partie de sa vie se trouve “amputée” subitement.
  • Ne vous isolez pas dans la déprime: Il faut un temps d’ajustement quand on revient qui est souvent proportionnel au temps passé à l’étranger et surtout au degré d’investissement culturel et social “là bas”. Il faut en être conscient et s’y préparer avant de revenir. On risque de se sentir un peu déboussolé, isolé, mis à l’écart, renié dans son identité propre. On peut parfois se dire que c’est le fin du côté “trépidant” de la vie, avoir l’impression de stagner, voire de régresser dans son métier et dans sa vie sociale. Il faut prendre quelques mois pour digérer ce qui s’est passé ces dernières années et se retrouver soi-même. En France, les choses fonctionnent bien mais lentement. Prenez le temps de bien définir vos centres d’intérêts et vos projets avant de vous lancer dans quelque chose, et ne lâchez pas trop vite. Une fois impliqué(e) quelque part, les liens sociaux se construisent vite et sont souvent durables. Si les symptômes persistent au bout de six mois/un an (dépression, isolement, pensées noires, sentiment de déchirement intérieur, manque, angoisses, incapacité de fonctionner au quotidien), CONSULTEZ UN MEDECIN (psychiatre ou psychologue). Il n’y a pas de honte à avoir, votre vécu n’est pas tout rose sous prétexte que vous avez été un expat’, bien au contraire. Vous avez peut-être sous estimé l’énergie dépensée à l’étranger, ou vous sous estimez l’énergie qu’il faut pour reconstruire sa vie en France. Dans les deux cas, en parler à un professionnel va vous soulager d’un poids et accélérer la rémission. Repartir trop vite à l’étranger n’est pas forcément une bonne chose, car au retour de nouveaux problèmes se seront accumulés qu’il faudra de nouveau affronter.

 

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